Compétences
Ce qu’il faut mobiliser
Formation
Par où commencer
Selon les lieux et les époques, les recrutées ont surtout de solides compétences en mathématiques, parfois un diplôme universitaire dans ce domaine ou dans une discipline scientifique. À Langley, beaucoup des femmes recrutées avaient ainsi une formation en mathématiques ou en sciences.
Semaine type
Le rythme général
Des journées entières à calculer, vérifier, recopier et interpréter des données, puis à transmettre les résultats aux scientifiques et aux ingénieur·es qui s'en servent pour leurs recherches.
Salaire
Fourchette salaire
Entre 40 et 80% de moins qu’un homme
Angle BATF
Le métier, en bref
Aujourd’hui, quand on dit « calculatrice », on pense à une machine. Mais pendant des siècles, le mot « calculatrice » ou computer en anglais désignait… une personne.
Des femmes (bon ok, et aussi des hommes) étaient employé·es pour effectuer à la main les calculs dont avaient besoin les scientifiques, les ingénieur·es, les militaires ou les astronomes. Armé·es d’un crayon, de papier, de tables mathématiques et parfois d’une calculatrice mécanique, les « calculateur·ices humain·es » transformaient de grosses quantités de chiffres en données exploitables.
Et les femmes ont largement investi ce métier. Dès la fin du XIXe siècle, l’observatoire de Harvard emploie ainsi plus de 80 femmes pour analyser des milliers de photographies du ciel. Leur travail contribue notamment à la classification des étoiles et à plusieurs découvertes astronomiques majeures.
Puis, au XXe siècle, les « computers » changent de terrain : aéronautique, balistique, recherche militaire… et finalement conquête spatiale.
À la NASA, ou plutôt à la NACA avant sa création, les calculatrices humaines calculent des trajectoires, des vitesses, des consommations de carburant, des données issues des essais en soufflerie et tout un tas d’autres joyeusetés mathématiques nécessaires pour faire voler des avions et envoyer des engins dans l’espace.
À Langley, le premier groupe de calculatrices humaines est créé en 1935 avec seulement cinq femmes. En 1946, leur service avait déjà formé environ 400 femmes et les avait réparties dans différents secteurs du laboratoire.
Et pourquoi autant de femmes ?
Parce que, surprise surprise, les stéréotypes de genre ont encore frappé. Les employeurs considèrent les femmes comme particulièrement minutieuses et patientes pour ce type de tâches. Mais il y a aussi une raison beaucoup moins flatteuse : elles sont moins chères à employer que les hommes. À Harvard, par exemple, le directeur Edward Pickering recrute volontairement des femmes, qu’il juge à la fois plus attentives aux détails et moins coûteuses.
Le travail est pourtant loin d’être secondaire. En 1942, un rapport de Langley souligne que les « girl computers » réalisent les calculs plus rapidement et avec davantage de précision que les ingénieurs eux-mêmes. Leur travail permet aux ingénieurs de se consacrer à d’autres aspects de la recherche.
Et certaines finissent par sortir de l’ombre (t’as la ref’ ?).
Katherine Johnson, recrutée en 1953, commence ainsi comme calculatrice au sein d’un groupe de femmes. Elle finira par calculer les trajectoires de plusieurs missions spatiales américaines, notamment celle de John Glenn et celle qui conduira à l’alunissage d’Apollo 11.
Ironie de l’histoire : lorsque les premiers ordinateurs électroniques arrivent, ils ne remplacent pas immédiatement ces femmes. Les ingénieurs se méfient parfois de ces machines encore nouvelles et confient même leur programmation aux anciennes calculatrices. Le métier disparaît donc en partie… en donnant naissance à d’autres métiers dans l’informatique.
Aujourd’hui, on parle de « programmation » et d’« informatique » comme de domaines technologiques. Mais une partie de leur histoire commence avec des femmes assises devant des piles de chiffres, à faire à la main le travail que nos machines réalisent désormais en quelques secondes.