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Femmes au volant : sexisme et inégalité au tournant

Bien que les statistiques contredisent le cliché, le stéréotype sur les femmes au volant a la peau dure. De l’apprentissage de la conduite aux pratiques des moniteur·rices d’auto-école, comment peut-il influencer le parcours des conductrices ? Décryptage d’une idée reçue loin d’être sans conséquences, vecteur d’inégalités entre les femmes et les hommes.

09/10/2026 - Rose - 7 min. de lecture

Une femme conduit une voiture, vue depuis la banquette arrière.
Photo illustration © Jan Baborák / Unsplash, 2020

En BIG 2026, l’automobile a évolué au point que des certaines de voitures se conduisent toutes seules. Mais l’idée reçue selon laquelle les femmes conduiraient moins bien que les hommes, elle, persiste encore. « Femme au volant, mort au tournant », a-t-on encore le plaisir d’entendre d’une partie de nos congénères masculins. Une expression qui véhicule un stéréotype profondément sexiste, construit et entretenu par notre société, et que les statistiques démentent. Des études ont même montré que cela pourrait porter préjudice aux femmes dans leur apprentissage de la conduite. On vous explique.

Monter En voiture avec Simone, c’est plus sûr… c’est la sécurité routière qui le dit

Malheureusement ce n’est pas une exception française. De l’Allemagne à l’Espagne, en passant par l’Italie, le Royaume-Uni ou la Pologne, les expressions ne manquent pas pour associer les femmes au volant à la maladresse ou au danger.

Pourtant, ironiquement, quand on observe les bilans de la sécurité routière on remarque que les hommes représentent une écrasante majorité (84 %) des auteur·ices présumé·es d’accidents mortels. Ils ont trois fois plus de risque de mourir sur la route que les femmes, et cinq fois plus de chance d’être à l’origine d’un accident mortel. Ce sont aussi eux qui conduisent sans permis (91,7 %) ; malgré une suspension (91,9 %) ; en état d’ivresse (88,2 %) ; ou sous l’emprise de stupéfiants (92,4 %).

Tué·es
22%78%
Blessé·es graves
25%75%
Présumé·es responsables d’accidents mortels
16%84%
Femmes Hommes
Source : Délégation interministérielle à la sécurité routière, « Femmes au volant, vie au tournant ! », 6 mars 2025.

Mais si les statistiques prouvent l’opposé de ce que le vieux diction suggère, pourquoi continue-t-il d’infuser dans nos esprits? Dès ses débuts, on a considéré que l’automobile était une affaire d’hommes. Et depuis, l’imaginaire n’a pas tellement évolué. La faute à une éducation genrée, aux publicités, aux films et aux croyances sociales que l’on entretient jusqu’à construire un stéréotype de sexe. Dans le cas de la conduite, on perpétue l’idée que les femmes sont moins capables de gérer les situations stressantes, qui demandent des prises de décisions rapides, ou qu’elles n’aiment tout simplement pas conduire. Quand, au contraire, les hommes auraient des prédispositions naturelles.

Quand les stéréotypes de genre nous mettent des bâtons dans les roues

Si les statistiques montrent que les femmes sont de meilleures conductrices que les hommes une fois leur permis de conduire obtenu, nos croyances sociales auraient pourtant tendance à venir les handicaper lors de leur apprentissage, ou de leur évaluation pratique. En France, près de 10 points séparent les taux de réussite des hommes et des femmes à l’épreuve pratique du permis, tandis que leurs résultats sont similaires à l’épreuve théorique, le code. Alors pourquoi y a-t-il un tel décalage ?

Deux chercheur·euses français·es en psychologie sociale, Marie-Axelle Granié et Florent Varet, ont exploré les Pistes explicatives psychosociales aux différences de sexe dans la réussite au permis de conduire en France. Selon elleux, la première explication, évoquée plus tôt, est le fait que la conduite soit historiquement associée au masculin. En découle par la suite une socialisation différenciée. Enfants, puis adolescents, les garçons sont davantage familiarisés avec l’univers automobile que les femmes, qui commencent ainsi leur apprentissage avec moins d’expérience. Le stéréotype peut aussi être intériorisé par les femmes et leur faire perdre confiance en elles et en leurs compétences, indépendamment de leurs véritables capacités. Enfin, en situation d’évaluation, c’est la menace du stéréotype, la peur de valider une idée-reçue, qui augmenterait le stress et l’anxiété, et aurait un effet perturbateur sur les compétences des candidates.

Cette perception genrée peut également influencer les attentes des éducateurs ainsi que leurs pratiques. Dans un test réalisé par The Conversation, les résultats ont montré que les femmes se voyaient proposer, dès l’inscription, plus d’heures de conduite que les hommes (à niveau et âge égal). De la même manière, ces représentations peuvent conduire les moniteur·rices à adapter leur accompagnement selon le sexe de l’élève, par exemple en intervenant et rassurant davantage les filles ou en attendant davantage d’autonomie des garçons.

Par ailleurs, les leçons de conduite ne sont malheureusement pas épargnées par les violences sexistes et sexuelles auxquelles les femmes peuvent être confrontées dans la société. Remarques sexistes, attouchements et comportements misogynes, font parfois de l’apprentissage un cauchemar pour les futures conductrices. En France entre 2022 et 2026, 28 moniteurs ont été condamnés pour harcèlement, viol ou agression sexuelle.

Quand on sait que le permis de conduire joue un rôle important dans l’accès à l’emploi des jeunes - 62 % de ceux qui le possèdent sont en emploi, contre 31 % de ceux qui ne l’ont pas -, les stéréotypes sexistes liés à la conduite ne sont plus anodins : ils contribuent à renforcer les inégalités entre les femmes et les hommes.

Depuis quand les femmes conduisent ?

L’ancêtre du permis de conduire français, le certificat de capacité, voit le jour en août 1893. Il faut attendre cinq ans, en 1898, pour que deux femmes obtiennent pour la première fois le précieux sésame. D’abord la duchesse d’Uzès, puis Camille du Gast (qui sera aussi la première pilote automobile, prenant le départ de la course Paris - Berlin en 1901), toutes deux issues de riches familles. Mais avant que la conduite ne devienne réellement accessible à toutes les françaises, la route sera longue. On compte moins d’une centaine de certificats délivré à des femmes avant 1914.

Les deux guerres mondiales donnent l’opportunité aux femmes, en l’absence des hommes, de passer à la manoeuvre de différent véhicule (ambulance, tracteur, transports en commun, véhicules militaires). Puis les constructeurs automobile se multiplient et les processus de fabrication évoluent. Des voitures plus abordables voient le jour, et les femmes sont de plus en plus nombreuses à passer du côté du conducteur. Pour ce qui est de la parité cependant, il faudra attendre 1990…

Fun fact historique, mais il y a pas mal d’accessoires automobiles relevant de la sécurité routière qui ont été pensé par des femmes. C’est le cas de l’essuie-glace, breveté par l’américaine Marie Anderson ; des clignotants et feu stop, inventés par Florence Lawrence, star du cinéma hollywoodien ; des premières lignes blanches de séparation des voies, imaginée par June McCarroll, infirmière ; ou encore du rétroviseur, qui fait sa première apparition dans le livre La femme et la voiture écrit par la britannique Dorothy Lewitt.

Femmes au volant : Camille du Gast au volant de sa voiture lors du Paris-Berlin en 1901.
Camille du Gast lors du Paris-Berlin en 1901. Photo : Jules Beau via Wikimedia Commons. Domaine public.

SOURCES

Bilan 2024 des infractions au code de la route (https://www.onisr.securite-routiere.gouv.fr/etat-de-linsecurite-routiere/bilans-annuels-infractions-et-permis-points/bilan-2024-des-infractions-au-code-de-la-route)

Femmes au volant, vie au tournant / Le genre dans l’accidentalité (https://www.interieur.gouv.fr/actualites/communiques-de-presse/femmes-au-volant-vie-au-tournant)

- « Passe ton permis d’abord ! » Pistes explicatives psychosociales aux différences de sexe dans la réussite au permis de conduire en France / Marie-Axelle Granié, Florent Varet (https://hal.science/hal-01670593/)

The Conversation / Permis de conduire : les stéréotypes de genre influencent‑ils les taux de réussite ? (https://theconversation.com/permis-de-conduire-les-stereotypes-de-genre-influencent-ils-les-taux-de-reussite-203780)

Le Monde / « Le moniteur me touchait les mains, l’épaule, les genoux » : mauvaises conduites dans les auto-écoles (https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2023/03/18/le-moniteur-me-touchait-les-mains-l-epaule-les-genoux-mauvaises-conduites-dans-les-auto-ecoles_6166001_4500055.html?utm_source=chatgpt.com)

- « Permis d’opprimer », les violence sexuelles à l’auto-école / France.TV (https://www.francetelevisions.fr/et-vous/creators/societe/permis-dopprimer-60405)

- Femmes au volant, force au tournant, Louise Pluyaud, illustrations Julie Guillem

Rose journaliste rédactrice Bonnes à tout faire

Autrice

Rose

Juste une femme qui veut parler et faire parler des femmes. Féministe par nécessité. À votre service pour vous partager les BONNES infos.

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