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Portraits

Sophie Adenot : le récit d’un rêve d’adolescente devenue la première femme française à sortir dans l’espace

À 14 ans, Sophie Adenot regarde Claudie Haigneré s'envoler vers l'espace avec admiration et envie. 30 ans plus tard, son rêve est devenu réalité. Ingénieure, pilote d'hélicoptère puis pilote d'essai, elle s'est envolée vers la Station Spatiale Internationale en février 2026 pour sa première mission, εpsilon. Depuis, elle est devenue la première femme française à effectuer une sortie extravéhiculaire et l'astronaute européenne ayant effectué le plus long vol spatial individuel, qui s'est achevé après 235 jours le 8 octobre 2026. Retour sur le parcours d'une femme, inspirée par une pionnière, devenue un modèle à son tour.

28/09/2026 - Léa LABIS - 8 min. de lecture

Portrait de l'astronaute française Sophie Adenot © NASA/Helen Arase Vargas and David DeHoyos, 2025
Portrait de l'astronaute française Sophie Adenot © NASA/Helen Arase Vargas and David DeHoyos, 2025

Sophie Adenot, d’un rêve d’ado à une vie qui fait rêver

Un rêve et un modèle : Claudie Haigneré, la première femme française dans l’espace

Née le 5 juillet 1982 à Cosne-Cours-sur-Loire (Nièvre), Sophie Adenot rêve d’espace depuis toujours.

Mais c’est à ses 14 ans que tout bascule. Car c’est à cet âge qu’elle voit Claudie Haigneré se préparer à partir pour la station Mir. On est le 17 août 1996. Il s’agit de la toute première femme française à s’envoler vers les étoiles. Car effectivement, avant Claudie Haigneré, aucune femme française et seules 15 femmes dans le monde avaient effectué ce trajet au-delà des frontières terrestres.

Avant de monter dans l’ISS, Sophie Adenot confie que ce moment a été charnière pour elle, « À ce moment, je savais déjà que je rêvais de devenir astronaute sans savoir que cela serait possible. C’était un rêve lointain, hors de portée, un rêve d’enfant. Mais quand je l’ai vue aller dans l’espace, je me suis dit : ‘Waouh, je veux faire de mon mieux pour que ça m’arrive aussi’« .

Et depuis ce moment, Sophie Adenot a tout fait pour avancer vers la réalisation de ce rêve, en gardant son objectif en vue mais sans jamais oublier de profiter du parcours qui l’y emmènerait. Elle témoigne : « L’inspiration est essentielle pour trouver sa propre voie, et j’espère que la mission εpsilon inspirera de nombreuses vocations dans les domaines des sciences, des technologies, de l’ingénierie, des mathématiques et du spatial !« .

Eh oui ! Dur dur de se lancer dans des études et une carrière aussi exigeantes sans représentations ni modèles pour ouvrir la voie avant nous.

Claudie Haigneré, inspiration de Sophie Adenot pour partir dans l'espace
Claudie Haigneré vue à bord de la capsule russe Soyouz TM32 après son atterrissage. © ESA, S. Corvaja

De l’ingénierie au pilotage militaire

Entre 2001 et 2003, Sophie Adenot étudie l’ingénierie à l’ISAE-SUPAERO de Toulouse, avec une spécialisation en dynamique de vol des engins spatiaux et des avions.

Elle poursuit ses études au Massachusetts Institute of Technology (MIT), à Boston aux États-Unis, avec un master en ingénierie des facteurs humains aéronautiques et spatiaux. Son mémoire porte d’ailleurs sur l’adaptation du système vestibulaire à la gravité artificielle, avec l’objectif de contribuer à la conception d’entraînements pour les astronautes.

Pendant 1 an, elle travaille comme ingénieure en conception de cockpits d’hélicoptères chez Airbus Helicopters à Marignane.

À partir de 2005, elle rejoint l’Armée de l’air et de l’espace et suit une formation militaire afin de devenir pilote d’hélicoptère. Elle occupera plusieurs fonctions après sa formation : pilote de 2008 à 2012 sur la base aérienne de Cazaux, cheffe de formation de vol et capitainesse de mission de 2012 à 2017 à Villacoublay, puis pilote d’essai d’hélicoptères entre 2019 et 2022 au centre d’essais en vol de Cazaux. Au total, Sophie Adenot a accumulé plus de 3 000 heures de vol sur 22 hélicoptères différents.

Ça claque pas mal un peu quand même.

En novembre 2022, toute sa vie prend une autre tournure lorsqu’elle est sélectionnée pour faire partie de la nouvelle promotion d’astronautes de l’Agence spatiale européenne (ESA).

Sophie Adenot son parcours de pilote avant de devenir astronaute

Mission εpsilon : Sophie Adenot rejoint l’ISS

L’entraînement de Sophie Adenot avant de partir dans l’espace

Ingénieure, pilote d’hélicoptère, puis pilote d’essai, elle a donc gravi chaque étape vers son rêve, jusqu’à être certifiée astronaute par l’ESA. Elle est d’ailleurs sélectionnée parmi les plus de 22500 candidatures pour faire partie de la nouvelle promotion d’astronautes en 2022. 

Elle commence sa formation en avril 2023 et obtient sa certification d’astronaute au Centre européen des astronautes de l’ESA en avril de l’année d’après, ce qui la rend désormais éligible à des missions spatiales.

Un mois plus tard seulement, l’ESA annonce qu’elle participera à sa première mission spatiale de longue durée. Elle dira, lors de l’annonce de son affectation : « C’est un honneur d’être affectée à cette mission ! C’est une nouvelle étape, je dirais même un pas de géant… et un rêve de longue date ! »

Houston, vous me recevez ?

L’astronaute française décolle de la Floride (États-Unis) le vendredi 13 février 2026 à 11h15, à bord d’une capsule SpaceX Dragon, dans le cadre de la mission Crew-12, après que le vol ait été décalé deux fois pour condition météorologiques défavorables. Direction : la station spatiale internationale (ISS), qu’elle rejoint le 14 février.

Elle devient alors la 11e française à partir dans l’espace, 5 ans après Thomas Pesquet.

À ses côtés : les astronautes américain·es de la NASA Jessica Meir et Jack Hathaway, et le cosmonaute russe Andreï Fediaïev.

Son séjour en orbite devait initialement durer 8 à 9 mois selon le CNES, ce qui est une durée exceptionnelle pour un·e astronaute européen·ne.

Les badges de Claudie Haigneré et Sophie Adenot flottent dans l'espace ensemble
© ESA/NASA - S. Adenot

Mais que fait Sophie Adenot à bord de l’ISS ?

Breaking news ! Son rôle dans la station spatiale ne consiste pas à simplement « flotter dans l’espace » (sinon, ce serait bien ennuyant, je vous l’accorde).

L’objectif initial est qu’elle participe à plus de 200 expériences scientifiques au cours de son séjour à bord de l’ISS, dont 10 expériences françaises suivies par le Cadmos, service du CNES à Toulouse. Les recherches portent notamment sur la physiologie humaine, les effets de la micropesanteur, les nouvelles technologies et la préparation de futures explorations habitées vers la Lune et Mars. Lors d’une visioconférence avec des élèves, elle leur explique : « On réalise beaucoup d’expériences médicales, notamment pour comprendre le corps humain, comment il vieillit et aussi des recherches sur le cancer ».

Elle participe également à ChlorISS, une expérience à vocation pédagogique destinée à sensibiliser les jeunes aux sciences, aux technologies, à l’ingénierie, aux mathématiques et au spatial. L’idée est que Adenot réalise une expérience à bord de l’ISS tandis que des milliers d’élèves en France la reproduisent en classe (sur Terre, donc). Ils et elles pourront ainsi comparer l’influence de la lumière et les effets de la gravité sur de la germination et la croissance de deux plantes entre les deux environnements.

Sophie Adenot Jessica Meir Jack Hathaway Anil Menon - les astronautes à bord de l'ISS
© ISS - S. Adenot

Sophie Adenot devient la première femme française à sortir dans l’espace

Au total, Sophie Adenot a réalisés trois sorties extravéhiculaires (dans l’espace) en 15 jours. Elle est devenue la première française à effectuer un telle sortie.

Le 18 août 2026, en compagnie de l’astronaute américain Anil Menon, Sophie Adenot se retrouve plongée dans le vide spatiale pour la première fois, et pendant 6h23. L’objectif est d’intervenir sur une antenne de communication de l’ISS qui ne fonctionne plus correctement. Iels retirent l’antenne défaillante mais rencontres quelques difficultés avec des boulons et des connecteurs bloqués. La nouvelle antenne est donc installée et activée lors d’une deuxième sortie, le 25 août.

Après sa première sortie extravéhiculaire, elle écrit sur ses réseaux, où elle partage ses aventures au fil des semaines : « J’ai A-D-O-R-É travailler dans le vide spatial ! C’est une véritable aventure dans l’aventure, d’autant plus belle qu’elle se vit en équipe !« .

Mais ça ne s’arrête pas là : le 1er septembre, elle effectue une troisième sortie extravéhiculaire, cette fois avec Jessica Meir. Pendant presque 7 heures, elles interviennent sur un dispositif de navigation, installent des câbles et réalisent des prélèvements microbiologistes autour du sas et leurs gants.

Au total, elle aura passer 19h42 dans le vide spatial.

Sophie Adenot dans l'espace - première femme française a effectuer une sortie extravéhiculaire
© ISS - S. Adenot

Sophie Adenot : retour sur Terre de l’astronaute

Après plus de 200 jours en orbite, elle devient, le 3 septembre 2026, l’astronaute européenne restée le plus longtemps dans l’espace au cours d’une seule mission, aka le plus long vol spatial individuel.

Comme prévu par l’ESA, son retour sur Terre a eu lieu sans encombres le jeudi 8 octobre 2026. Après exactement 235 jours, soit huit mois à bord de l’ISS, elle a amerri dans l’océan Pacifique, au large de la Californie, au côté de ses coéquipier·es de la Crew-12.

Extrait·es de la capsule Crew Dragon, iels ont immédiatement été installé·es sur des civières. Après avoir rejoint la terre ferme en hélicoptère, iels ont pris un avion pour Houston au Texas, le centre de contrôle de la NASA, en charge des astronautes.

De là, Sophie repart pour Cologne, en Allemagne, pour suivre un programme de récupération et de réadaptation à la gravité terrestre, sous surveillance médicale, au centre de formation des astronautes de l’ESA (Agence spatiale européenne). Dans l’espace, le corps s’adapte à l’absence de gravité, ce qui se traduit par une perte osseuse, une fonte musculaire, un déconditionnement cardio-vasculaire ou encore des troubles visuels. Il faut donc plusieurs semaines et des exercices ciblés pour récupérer sa forme d’avant-vol.

Le premier livre autobiographique de Sophie Adenot doit paraître chez JCLattès début 2027. Elle reviendra sur son parcours, sa formation et sa première mission à bord de l’ISS.

Lors d’un autre échange avec des élèves en septembre 2026, une question lui est posée sur la place des femmes dans l’aérospatial. Elle leur dit simplement « Il faut croire en son rêve« , comme elle a cru au sien.

Aujourd’hui, Sophie Adenot est la deuxième femme française à être allée dans l’espace, 25 ans après le dernier vol de Claudie Haigneré. On boucle la boucle : inspirée par Haigneré, elle devient elle-même une source d’inspiration pour les futures générations.

Retour sur terre de Sophie Adenot le 8 octobre 2026 © NASA
Sophie Adenot lors de son retour sur Terre le 8 octobre 2026 © NASA
Léa LABIS

Autrice

Léa LABIS

Je carbure au café pour trouver de belles histoires à raconter : celles des vies humaines trop souvent oubliées ou laissées en arrière-plan.

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